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EDHEC-Risk Institute met en garde la Commission Européenne sur les dangers de régulation unilatérale du marché des CDS

Finance

Publié le 16 mars 2010

Dans une lettre ouverte adressée au Commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier le 15 mars 2010, EDHEC-Risk Institute présente les dangers du projet d’interdiction des ventes « nues » de CDS Souverains.

Outre le fait que la divergence avec les autorités américaines sur ces questions laisse peu d'espoir que les mesures soient effectives, EDHEC-Risk Institute estime que cette interdiction poserait de nombreux problèmes et se heurterait à des obstacles juridiques et pratiques qui la rendraient inapplicable voire contreproductive :

  • Il sera impossible, pour les intermédiaires et au final pour les régulateurs, de vérifier l'existence chez les investisseurs des titres représentatifs du risque supposé être couvert par le CDS.

  • Une stricte obligation de couverture par les CDS des risques des emprunts des états empêcherait par voie de conséquence ces derniers d'émettre de la dette sur des échéances longues car le marché des CDS est peu liquide sur des protections à plus de 10 ans.

  • Cette interdiction serait de rendre plus difficile une gestion active du risque de taux d'intérêt de leur dette par les états car leurs contreparties ne pourraient alors plus se couvrir contre le risque souverain des swaps de taux qu'elles auraient signés. Or, cette gestion active de la courbe de taux est un élément important de l'optimisation du coût de la dette publique.

  • Plus préjudiciable encore est le fait qu'une interdiction de vente « nue » définie très strictement empêcherait tous les investisseurs qui financent des investissements publiques ou des entreprises qui signent des contrats avec des états ou des entreprises publiques de se couvrir contre le risque de défaillance de leurs contreparties. Au moment où les partenariats publiques et le financement privé des infrastructures publiques est décrit comme un des moteurs de la croissance mondiale, la réduction de la capacité à gérer le risque souverain risque au mieux d'en renchérir le coût, au pire d'en fortement ralentir le développement.

  • Enfin, en complexifiant et en rendant plus difficile le marché des couvertures de risque défaut on risque de priver le marché de la dette des états dont les notations ne sont pas bonnes, d'investisseurs et donc de liquidité, ce qui renchérira inévitablement le coût de cette dette.

On ne doit pas oublier que si la dette grecque a fait l'objet d'une forte dégradation de son risque et donc d'une forte hausse de son coût, c'est avant tout parce que l'économie et les finances publiques grecques vont mal. L'ensemble des dirigeants de la zone euro ont fait preuve d'un laxisme coupable en ayant accepté que la Grèce s'éloigne fortement des normes budgétaires imposées à la zone. Il est  vrai qu'en s'affranchissant, même en période de relative croissance, du respect des critères d'éligibilité à l'euro, les leaders que sont la France et l'Allemagne ont envoyé un bien mauvais message à l'ensemble des petits pays dispendieux de la zone. Il est toujours difficile de donner une valeur à la discipline que l'on ne respecte pas soi-même.

On comprend mieux aujourd'hui que madame Lagarde, qui a souvent dû expliquer à Bruxelles que les plans de redressement des finances publiques françaises ne seraient pas respectés au mépris des traités et des engagements pris, préfère évoquer le rôle des spéculateurs que celui des dirigeants européens dans la tragédie grecque et plus globalement dans les difficultés de l'euro. L'arbre des CDS souverains grecs qui, au demeurant, sont d'un montant nominal net qui ne dépasse pas les 5% de la valeur de la dette publique hellène, ne saurait cacher la forêt d'une commission européenne incapable d'imposer une discipline budgétaire aux états.

Au final, la bonne régulation du marché des CDS repose sur la transparence et l'organisation centralisée de leur compensation et non pas sur des interdits. Dans ce domaine, le retard européen doit être souligné. Aujourd'hui, en matière d'enregistrement et de compensation des dérivés de crédit ce sont les infrastructures de marché américaines qui dominent. Les dirigeants français ou allemands, au lieu de dénoncer la main invisible des spéculateurs, devraient peut-être s'entendre rapidement sur la compensation centralisée en euro du marché des CDS.


rédigé par STEPHANE COLOMBANI
mise à jour le 16 mars 2010

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Tél. : +33 (0)4 93 18 78 63

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